jeudi 22 novembre 2018

LA TIGRESSE DU PAPIER

Comme un papier tourmenté par la main de l’artiste pour éviter une page seulement cornée qui ferait ombrage à cette innocente feuille, comme pour éviter le marque page qui ferme l’ouvrage, Claudine Drai sculpte le papier de soie. Un pliage perceptible qui atteste que le vent se lève, et que les vagues grondent, et devant l’infini l’artiste, que j’appellerai la tigresse de papier, exprime la fulgurance de son talent par la liberté de ses tableaux, qui lui donnera une aura de légende.

Rêve de rêve ou un  monde d’avant, les mots , comme une île au trésor dont on aurait la voie d’accès. Comme un matin d’un soleil qui brille sans éclat ou Mille anges se dressent devant vous, un choc de papier de soie qui devient un pallier de soi. Ce qui m’intéresse dans cette oeuvre, c’est l’équilibre de ce que propose l’artiste : une justesse du mouvement comme dans la nature, une marche silencieuse qui se prête à la méditation. On pourrait penser que l’oeuvre ne bouge pas, pourtant elle nous offre à chaque tableau une sensation comme un ciel de nuages si doux où le vent arrêté par une petite colline ferait barrage à ce frêle ouvrage.

Un tableau, qui à peu de choses près, ouvre à Apollinaire, à Aragon et à Arthur Rimbaud. L’artiste n’est pas qu’un déversement de charmes et d’émotions, mais aussi la beauté d’une grande plénitude et d’une justesse indicible.  Un papier sans mot, froissé dans sa main, un poème sans l’encre ou l’espoir secret de défroisser les mots qu’il contiendrait. C’est le paradoxe suprême de la pensée que de vouloir découvrir quelque chose qui ne peut pas être pensé, une oeuvre comme un cœur qui bat.

Anonymode